VISITE PRIVÉE

Coup d’éclat, extension avec vue


De bois et de béton, un agrandissement étonnant impose sa personnalité sous les traits de crayon de l’architecte Marie Orssaud.


Au fond d’une impasse, dans un village proche de Montpellier, un Mazet s’ennuyait. L’emplacement est idéal et la vue unique mais la surface du terrain (410 m2) est peu propice à la réalisation de la maison rêvée par Johanne et Cédric. Johanne et Cédric sont urbains, ils désirent limiter les espaces verts mais vivre dedans-dehors tout en préservant leur intimité. Leurs goûts sont très contemporains, ils aiment recevoir leurs nombreux amis et privilégient une vie simple et chaleureuse avec leur famille.
Ils font appel à l’architecte Marie Orssaud afin de mieux définir le potentiel et avoir son point de vue sur les faisabilités de leur projet personnel. Marie considère rapidement que le Mazet est un véritable atout car son implantation en limite de propriété permet d’optimiser les surfaces de la future maison. Elle imagine tout de suite une extension dans ses matériaux favoris, le bois et le béton banché, en conservant une partie de la petite construction rurale.



Séduits par le projet de l’architecte, les travaux démarrent en offrant dans un premier temps une nouvelle peau au Mazet. Totalement recouvert de pin douglas, de la toiture aux murs, la petite maison se fond dans le paysage naturel. C’est un bardage dit « à faux tasseaux ajourés ». « En effet, nous privilégions de plus en plus cette solution de bardage plein, car un bardage ajouré peut présenter quelques inconvénients, notamment un abri parfait pour les nids de frelons et autres insectes avec qui il peut être difficile de cohabiter ! » selon Marie. Cette construction chaleureuse abrite aujourd’hui la cuisine et la chambre d’amis.
Une grande faille en double hauteur marque l’entrée et crée le contraste avec la partie ancienne. Les murs ont été réalisés en béton avec un coffrage en planches brossées qui imprime dans le béton le veinage du bois.

La partie neuve de la maison est une dalle de béton pleine sur laquelle sont posés des murs en ossature bois. Les débordements du plancher haut permettent d’abriter les terrasses du bas. Le processus de fabrication est de venir fixer des lisses en bois sur la dalle béton. Leur implantation est ensuite relevée et triangulée, ce qui permet ensuite de réaliser les plans de préfabrication de chaque mur, au cm près. Les murs sont fabriqués en atelier chez le charpentier et l’ensemble est ensuite levé au camion grue en 1 ou 2 journées maximum. Dans un contexte urbain à forte densité comme dans cette impasse, cette solution permet moins de nuisances de chantier. En effet, il n’y a pas besoin de bétonnière, mortier et les déchets sont exclusivement de la sciure de bois. Le temps est également optimisé et peut permettre de réaliser des agrandissements dans des lieux occupés sans gêner outre-mesure.




Toute la surface constructible est utilisée avec beaucoup d’ingéniosité et offre des espaces larges ouverts sur la nature. À son habitude, Marie laisse l’espace nu à l’intérieur pour faciliter la circulation et mettre en valeur les murs et les matériaux. Les sols sont en béton ciré ou en parquet massif et toutes les menuiseries sont à galandage pour permettre la vie dedans-dehors imaginée par les propriétaires. La clarté, intensifiée par le revêtement blanc omniprésent dans les pièces de jour et au sol en béton clair, se réchauffe au contact des différentes essences de bois, particulièrement représentées dans les espaces nuit et la cuisine. Le mobilier design structure les pièces avec ses lignes graphiques et ses matériaux naturels. Cédric, féru de cinéma et de matchs entre copains, a voulu un lieu à part pour recevoir ses amis en toute convivialité. Marie a imaginé ce salon, dos à la lumière, creusé dans le sol et masqué par un haut meuble-étagères de bois fabriqué sur-mesure.




Afin de privilégier l’intimité des pièces de l’étage, des résilles en tasseaux de bois protègent la coursive extérieure des vis à vis. La suite parentale et les deux chambres enfant entretiennent une conversation avec la mer depuis leur terrasse. L’extérieur est intime mais imaginé avec beaucoup d’idées : des terrasses en Ipé, une petite piscine miroir et un jardin de curé avec des essences méditerranéennes. L’architecture révèle sa rythmique tout en avancées, alternant les pleins et les vides fixes ou ouverts, protégés par un auvent périphérique en prolongement du plafond. Un havre de paix, protégé des regards indiscrets, qui ne laisse rien transparaître des volumes. C’est un style bien à elle, un agrandissement empli de charme, réfléchi et qui offre à Johanne, Cédric et leurs enfants la maison de leurs rêves, cachée quelque part sur les hauteurs du vieux village.


Architecture : Marie Orssaud
Marie Orssaud, agence d'architecture


Texte : Isabelle Aubailly • Photos : Juliana de Giacomi