VISITE PRIVÉE

Sur le sable abandonné


Une maison moderniste au caractère bien trempé. Marie et Gilles connaissent le sable et la méditerranée depuis qu’ils sont enfants. L’un et l’autre ont vécu à Palavas et cette vie, le visage tourné vers les embruns, ils ont eu envie de l’offrir à leurs deux garçons.
Un jour, ils découvrent, par chance, cette maison les pieds dans le sable ! Au début des années 60, l’urbanisation de l’avenue Saint-Maurice était, alors en plein essor. Quelques maisons de villégiature pour certaines aux accents modernistes émergeaient ça et là pour des montpelliérains aisés. C’est l’architecte, Henri Puech, qui a dessiné cette maison avec des espaces en ½ niveau et une grande hauteur sous plafond.
Elle présente des terrasses généreuses, en porte à faux et en proue vers la mer, un grand auvent en béton, une architecture typique des années 60 : structure béton poteaux-poutres, quelques murs en pierre.



Cette villa est restée dans la même famille jusqu’au début des années 2000 date à laquelle elle a été vendue une première fois. Lorsque Marie et Gilles l’achètent en 2014, la maison d’origine avait perdu son âme. Les sols en ardoises avaient été recouverts d’un parquet exotique, le patio central avait été condamné par une verrière, les menuiseries remplacées par des menuiseries en alu blanc coulissantes surmontées d’une imposte, les terrasses étaient en teck, les garde-corps en acier d’origine remplacés par des garde-corps en verre.
Tombés sous le charme de son emplacement et de son architecture, ils ont voulu la restaurer et la moderniser dans le respect de son histoire. Un peu comme des archéologues ils ont cherché et retrouver la fille des anciens propriétaires. Ainsi, elle leur a transmis ses photos de famille et les plans afin qu’ils puissent s’en inspirer et restaurer à l’identique. Un incroyable travail de rénovation qui a demandé du temps et de nombreuses recherches notamment dans l’utilisation des matériaux.



La maison totalement tournée vers la mer devait retrouver son esprit de vacances en bord de mer, de vie dedans-dehors, les yeux toujours rivés vers la grande bleue. Marie, architecte DPLG, a redessiné les terrasses et réinventé l’espace. Toutes les façades ont du être rénovées. Un espace convivial et ombragé a été imaginé sous la grande terrasse du séjour. Des carreaux de ciment Bahya habillent le soubassement pour offrir un petit coin aux couleurs brésiliennes. Pour favoriser l’intimité, des claustras en terre cuite de la marque espagnole « Cermica a mano Alzada » apportent authenticité et esthétique. Les garde-corps ont été refaits à l’identique, seule une traverse horizontale qui reçoit des plateaux bois sur lesquels on peut s’asseoir a été ajoutée, pour pouvoir admirer les flots comme sur le pont d’un bateau.
Les terrasses recomposées avec des carreaux grès cérame blanc de Winckelmans auraient pu être posés en 1961 puisque ce fabricant français existe depuis 1894. Un esprit vintage qui sied parfaitement à l’extérieur soumis aux embruns.
L’espace intérieur, totalement ouvert vers la mer, est un savant mélange de contemporain et de pièces iconiques des années sixties. Gilles étant charpentier, le bois a une place importante dans toute la maison. Les grandes baies vitrées sur toute la hauteur du volume du séjour sont en bois clair, et pour ne pas casser l’espace entre les différents niveaux, Gilles a imaginé un meuble bibliothèque/banc qui fait office de garde-corps.
L’ardoise dans l’espace salle à manger a été mise à nue et a retrouvé son éclat d’antan. Le parquet exotique a quant à lui été peint en blanc pour mettre en avant l’ardoise et créer un contraste.
La cuisine prend place sous la verrière de l’ancien patio et bénéficie de la lumière naturelle. On aime la poignée du frigo, un bois flotté ramassé à quelques mètres dans le sable, un jour d’hiver.



Enfin, pour pouvoir admirer en toutes saisons la mer, une ouverture sur le salon offre à la cuisine des vues uniques.
Le mobilier a été chiné, dans leur maison de famille et sur le Bon Coin comme la chaise longue « Sandow » de René Herbst, la lampe « Potence » de Prouvé, les chaises Eames vintage. La vaisselle Acapulco éditée en 1971 par Villeroy&Boch est un cadeau de la grand- mère de Marie pour ses 40 ans. Des pièces plus contemporaines comme la supension Trap de Darono le canapé Peanut B de Bonaldo, et la cheminée Slim de Focus se marient avec bonheur.
La maison est ornée de tableaux qui ont été réalisés par la maman de Gilles, l’artiste peintre Espérou (1937 - 2016). Ils représentent en grande partie des scènes de plage captées à Palavas, le vieux village ou encore Bouzigues et ses parcs à huîtres.
Un jardin méditerranéen a été mis en scène avec l’aide de l’architecte paysagiste et amie Archi*Roose (Cactus, Yucca, palmiers, belles de nuit, jasmin, pittosporum, bignone, lauriers, papyrus). Des ganivelles ondulent dans le passage qui longe la maison pour déboucher sur la mer.
Les terrasses face aux embruns, le salon ouvert sur la mer, le mélange de pièces de design et d’objets plus personnels, les aménagements en bois, le sol en ardoise, les peintures aux couleurs douces offrent un cadre de vie exceptionnel à cette famille amoureuse de la mer.
On imagine les courses-poursuites dans le sable à quelques mètres de la table de bois, les déjeuners à l’abri du soleil et les longues conversations la nuit face aux étoiles. Comme un joli bâteau échoué sur le sable, la maison de Marie et Gilles a retrouvé ses habits d’antan et peut continuer pendant de longues années à abriter les rires de leurs garçons heureux.



Architecte : Marie Orssaud
marieorssaudarchitecture.com


Texte : Isabelle Aubailly
Photos : Juliana de Giacomi