ESCAPADE

Alice & Eugène

le manifeste méditerranéen de Pascale Delmas



La cuisine de la même teinte que les murs se fond dans la pièce. La crédence en bois d’érable côtoie un plan de travail en corian d’un blanc pur, un mariage audacieux…

On grimpe une volée de marches pour découvrir la suite cachée derrière une cloison bibliothèque qui fait office de garde-corps.

Pascale pense, dessine chaque détail comme le range bois en forme de meurtrière créé dans l'ancien passage de la porte.


Le domaine aux portes de l’agitation urbaine est une véritable oasis de bien-être.

« Mes grands-parents, Odette et René Picot de la Beaume, avaient acheté la propriété Le Mas de Belvezet dans les années 1940. C’était la campagne, 7 hectares de vignes, d’arbres fruitiers, de champs de luzerne, un grand potager et quelques animaux de la ferme. Ici sont nés et ont grandi mon oncle, mes deux tantes et ma maman. Lorsque les enfants sont devenus grands, mes grands-parents ont divisé la propriété en 4 parcelles égales pour chacun de leurs enfants. Mes parents y ont construit notre maison La Batelle dans les années 1970 à côté du sous bois et du pigeonnier en pierres de Castries. Mon enfance fût bien douce dans ma campagne en ville entourée de ma famille, j’y ai vécu les vendanges, les étés festifs et les hivers ensoleillés du midi de la France. » Ainsi commence la belle histoire…

« Bienvenue chez Alice & Eugène » lance Pascale depuis le parc aux platanes centenaires. Le chemin qui mène à la maison passe sous d’épaisses frondaisons bordées de graminées et de cactus. Au loin des cèdres immenses lancent leur tête vers le ciel. Passionnée d’architecture, diplômée de la fameuse École Penninghen, Pascale nous fait découvrir sa nouvelle création, une petite maison d’hôtes traitée comme une suite d’hôtel de luxe au cœur du parc. Cette jolie maison de pierres est la propriété de sa tante France et de ses 3 filles (Sophie, Véronique et Julie) qui lui ont fait confiance pour réaliser ce beau projet familial. Après La Roselière, bijou de modernité et de charme avec vue sur le parc et la piscine, Alice & Eugène est la démonstration des talents d’architecture de Pascale. La structure est restée inchangée mais l’essentiel a été totalement modifié.

La façade a retrouvé sa beauté d’antan avec la mise à nue des pierres. Par endroit, il a fallu consolider et projeter de la chaux à la teinte chaleureuse. Les ouvertures se sont élargies pour laisser le soleil entrer. Un IPN a été placé à l’entrée car l’ouverture a été agrandie notamment sur la hauteur. La belle idée de l’architecte est d’avoir reculé la menuiserie pour proposer deux banquettes extérieures et se protéger des éléments les jours mauvais. Une large terrasse de bois exotique invite à la paresse, allongé dans un fauteuil AA Butterfly ou plus luxueusement dans le bain extérieur, les yeux rivés vers la nature. Eugène s'occupait des vignes et du grand potager et sa femme Alice reprisait les lourds draps de coton en écrivant des initiales tarabiscotées sur chacun. Tous deux vivaient là dans cette petite maison de 50 m2 au cœur de l’oasis verte. Rien n’avait bougé et la maison servait de grand débarras. Il a fallu nettoyer, casser, reconstruire et imaginer une nouvelle vie. Pascale a décidé de réécrire l’histoire pour offrir aux voyageurs d’une nuit un moment de sérénité où chaque objet trouve sa place dans un souci permanent de perfection.

Guidée par notre hôte, la sensation d’être accueillie chez des amis de longue date est saisissante. L’esprit de famille flotte dans cette petite maison aux murs anciens. Un blanc crème aux accents de rose habille les murs. C’est une couleur unie, profonde, qui vous enveloppe de douceur. Au sol, du béton ciré d’un blanc cobalt uniforme comme satiné par les années élargit l’espace. La cuisine de la même teinte que les murs se fond dans la pièce. La crédence en bois d’érable côtoie un plan de travail en corian d’un blanc pur, un mariage audacieux qui apporte toute sa qualité à l’ensemble. Pascale pense, dessine chaque détail comme le range bois en forme de meurtrière créé dans l'ancien passage de la porte. Elle réfléchit à ces projets pendant des mois et peut acheter bien avant la réalisation ces objets du quotidien qui donneront sa justesse esthétique à la pièce.

Comme dans les maisons grecques, deux banquettes maçonnées habillées de lourds matelas de toile brute se transforment en lit d’appoint. La lumière est étudiée, chaque luminaire trouve sa place comme une lecture douce de chaque moment de la journée. On grimpe une volée de marches pour découvrir la suite cachée derrière une cloison bibliothèque qui fait office de garde-corps. La lumière s’infiltre au travers des étagères, abandonnant au passage des poussières de soleil sur les livres. Une fenêtre-bandeau comme un tableau végétal laisse la nature se dévoiler au-dessus d’un lit immense habillé de lin clair. Pascale a dessiné le bureau, l’armoire et la bibliothèque afin de s’adapter à l’architecture des murs. La salle d’eau est un rêve d’immersion dans une douche aux reflets dorés, une baignade luxueuse aux accents de hammam moderne. Un banc de béton permet de poser deux hautes vasques de corian blanches, il court jusque dans la douche pour mieux profiter de cette chute d’eau parfaite. Deux suspensions en verre soufflé accordent leur légèreté aux miroirs. Partout le nuancier égrène les beiges, sable, grès, argile prolongeant ce tête-à-tête avec la nature. Doucement la langueur guide vos pas, du lit à la douche, de la terrasse au bain extérieur.

On admire partout la délicatesse des détails, des livres posés, de l’oiseau-musique, des coussins ethniques, du porte-clés en cuir. Voici distillés dans ce sanctuaire enchanteur, tous les éléments d’une journée lumineuse. Le domaine aux portes de l’agitation urbaine est une véritable oasis de bien-être que, Pascale, en gardienne de l’histoire, réussit avec sa force et son âme à préserver du développement urbain qui l’entoure. On ressent cette envie de conserver, de sauver son histoire et de réécrire à sa façon une vie nouvelle avec la beauté du passé.


Alice & Eugène
Tél. : 06 72 29 89 89
www.laroseliere.me/laroseliere2


Texte : Isabelle Aubailly • Photos : Juliana de Giacomi