ARCHI/DESIGN

Vers une nouvelle architecture écologique

BOSCO VERTICALE

La forêt verticale de Milan


Les deux tours du Bosco Verticale de l’architecte Stefano Boeri


Le quartier de Porta Nuova en pleine rénovation et la tour Unicrédit, plus haut bâtiment d’Europe avec 230 mètres de haut.

Au nord de Milan, un quartier, Porta Nuova, est actuellement en pleine rénovation. De nouvelles tours viennent d’y être érigées : la tour Unicrédit, le plus haut bâtiment d’Europe avec 230 mètres de haut et des tours résidentielles. Bosco Verticale se détache de ces tours par une caractéristique remarquable : sa végétalisation.

Bosco Verticale, ou Bois Vertical, est à l’origine un projet initié par l’architecte italien Stefano Boeri. Dès 2007, il imagine une construction qui intègre une présence végétale vivante dans l’ensemble du bâtiment. Il commence les travaux en 2009 avec une équipe de botanistes et d’ingénieurs. En 2014, la construction est achevée avec deux tours, l’une haute de 80 mètres, l’autre de 112 mètres. Les espèces végétales sont alors introduites : 800 arbres de plus de 100 espèces différentes : des chênes verts, hêtres, frênes, des cerisiers, pommiers, pruniers… L’ensemble, plus de 5 000 plantes, réparti sur les deux tours, représente l’équivalent d’une forêt de deux hectares.

En sortant du métro, après quelques escalators, il faut s’avancer un peu sur la place centrale de Porta Nuova pour découvrir les deux tours végétalisées. Depuis 2014, les arbres et arbustes ont bien poussé. Ils doivent être régulièrement taillés afin de résister convenablement au vent et ne pas occulter la lumière. Des capteurs intégrés dans les pots contrôlent leur évolution et les racines y ont été fixées pour prévenir tout risque de chute.

Cette construction s’inscrit pleinement dans la nouvelle écologie urbaine. L’écologie urbaine est ancienne. On peut la faire remonter bien avant l’école de Chicago qui en fonde le terme en 1925, avec les préoccupations d’hygiène en ville et d’organisation de déchets. Aujourd’hui, l’écologie urbaine est plus que jamais une nécessité face à l’urgence climatique et l’expansion urbaine toujours plus importante.

Bosco Verticale, comme toute construction végétalisée, participe à l’écologie urbaine par différents aspects : les feuilles des arbres produisent de l’oxygène et absorbent le carbone et les poussières urbaines. La présence de cette forêt végétale crée un microclimat qui réduit de deux degrés le différentiel de température entre l’intérieur et l’extérieur des appartements. Cette présence a également un impact sur la biodiversité en ville, non seulement celle des végétaux, mais aussi celle des animaux, les végétaux attirants par exemple des espèces d’oiseaux jusque-là inconnues en ville. Se crée ainsi un véritable écosystème autour des appartements, mêlant arbres, végétaux, oiseaux et insectes.

En concevant une véritable forêt verticale, Stefano Boeri et son équipe sont de véritables pionniers de l’architecture écologique et de la végétalisation des bâtiments. On peut citer avant lui l’architecte malaisien Ken Yeang, qui élabora en 1992 la première tour bioclimatique en Malaisie : la Menara Mesiniaga. Également l’architecte français Vincent Callebaut, à l’origine d’un projet de végétalisation de Paris, « Paris Smart City 2020 », présenté en 2015, et d’un projet à Taïwan basé sur le biomorphisme c’est-à-dire une construction directement inspirée de formes venant de la nature, ici de la double hélice d’ADN. Précédemment, l’architecture écologique se limitait à des murs et des toitures végétalisés, et non à une végétalisation de tout un ensemble.

Avec un monde de plus en plus urbanisé et les enjeux climatiques qui sont les nôtres, Bosco Verticale, et, au-delà, la végétalisation des immeubles, peut se penser comme correspondant à l’évolution de nos villes, les villes de demain, où le lien entre l’homme et la nature n’est pas rompu.


Texte & photos : Anne Affortit